J’ai toujours cherché à échapper aux servitudes de la vie. Quand j’étais encore jeune, je calculais combien me rapporterait un gain au loto placé sur un compte en banque.
Je me félicitais de n’avoir pas d’efforts à faire dans mes études puisque je pourrai succéder à mon père. Assez rapidement je rencontrais les idées spirituelles qui me donnaient d’envisager qu’en « connaissant le code de la matrice » on était plus libre dans cette matrice. Puis je cherchais à accéder à la Jérusalem céleste dès ici bas.
Il me semblais plusieurs fois l’atteindre. Ces moments paroxystiques se vivaient dans d’autres états de conscience dans lesquels je n’avais plus le lien avec la conscience habituelle de mes contemporains. Je n’avais même plus conscience du besoin de manger et me nourrissait de révélations qui apparaissaient et disparaissaient en mon esprit, intransmissible à celles et ceux qui m’entouraient.
Du point de vue de mes contemporains, j’étais bipolaire à tendance schizophrénique. De mon point de vue, le monde spirituel auquel j’accédais m’ouvrait à une vie avec une « Allocation Adulte Handicapé » et mon père se mettait dans l’idée, assisté par moi, que j’ai un lieu à habiter et un lieu à louer puisque j’étais handicapé.
Encore aujourd’hui, avec mon désir d’arrêter de fumer, je cherche, pourrions-nous dire, une martingale. Et je pense bien que la primosophie à laquelle je m’intéressait dernièrement, était encore une des manifestations de cette recherche de la martingale, du code caché, qui me donnant accès à un panneau de commande situé à un autre niveau, me donnerait à vivre une vie plus libre, libéré des servitudes qui sont les nôtres quand on à pas accès à ce niveau de compréhension de la réalité.
C’est un bon moteur pour un investigateur que cette quête de la libération des servitudes. Objectivement, cette tendance en moi, cette tendance à « rechercher la martingale », m’aura fait vivre des expériences très enrichissantes. Je me sens très lucide sur la réalité, mais aussi, me voilà devenu très faible, car j’ai toujours exercé ma volonté dans la pensée.
Quand on ne cherche pas de martingale, on développe un volonté par l’habitude dans le monde extérieur et en essayant de se conformer à ce que le monde demande de nous. On accepte les lois qui dirigent le monde et on se comporte en conséquence. Puis on découvre qu’à force de répétition, ce qui est exigé de nous n’est pas si difficile. Et on réussi dans le monde.
Quand on cherche une martingale, on entretient toujours de l’antipathie vis-à-vis des règles habituelles, considérées comme vulgaires. Nous, nous cherchons à transcender ces règles. Et il y a un orgueil démesuré en cela. Et le monde nous fait des dons. Et nous pensons que nous les méritons. Et il y a un orgueil démesuré en cela.
Nous a été donné ce que nous voulions. Mais nous voyons que ceux qui ont accepté les règles du monde que nous trouvions vulgaire, ont un meilleur tempérament, un rapport plus sain à la réalité. Mais ce monde nous est inaccessible. Nos membres n’y ont pas été habitués. Aucune répétition salvatrice n’a été faite, aucune bonne habitude développée. Nous avons une conscience lucide, qui nous dit que ce monde n’est plus le notre, que nous dépendons d’autres lois, et que dans ce monde dans lequel les autres ont leur liberté, nous, nous y vivons un déterminisme inéluctable, notre volonté ne nous appartenant pas dans nos membres, mais seulement en notre esprit. Nous sommes des spectateurs de nous même.
Pour autant, cette tendance à « rechercher une martingale », pouvais-je l’éviter ? Ces rencontres avec des spiritualités qui me décrivent un monde supérieur, pouvais-je l’éviter ? Combien je me suis identifié à Néo dans Matrix, pouvais-je l’éviter ? Les effets que firent sur moi l’anthroposophie et le nouveau testament qui me donnait de désirer accéder à la Jérusalem céleste dès ici-bas, pouvais-je les éviter ?
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