16-Terre
c’est la sainte Fleur, et je suis terrorisé. Aujourd’hui je suis convoqué à la MDPH, à la Maison Départementale pour les Personnes Handicapés. Il doit être décidé si je continuerai à toucher mon Allocation Adulte Handicapé, mon AAH.
Ça me convoque aussi beaucoup de choses à l’intérieur. Suis-je vraiment handicapé ? Pourquoi n’ai-je jamais réussi à m’adapter à la société dans un emploi, en participant à la vie économique ?
J’ai été reconnu bipolaire à tendance schizophrénique. Ce qui à déclenché le processus qui m’a conduit à toucher cette allocation donnée aux personnes handicapés, c’est une « bouffée délirante », comme on m’a dit.
Mais bipolaire, skyzophrène, bouffée délirante… ce sont des mots qui ne s’intègrent pas à ma vision du monde. Ces mots appartiennent à un vocabulaire que je n’aime pas et qui témoignent d’un monde qui n’a pas la forme qu’il devrait.
Je sais que j’aurai pu être bien intégré dans une autre société. Si le monde avait développé ce qu’il devait entre 1923 et aujourd’hui, si le dernier siècle avait ressemblé à ce qu’il aurait du, j’aurais été bien intégré, ma vie aurait été toute autre.
Les germes étaient là, présents en ce siècle, qui auraient donné une tournure tout autre aux événements. Le monde dans lequel j’ai la vie, j’en ai conscience, n’est pas celui qu’il devrait être.
Notre façon de nous lier à la vie sur terre, notre « logiciel », pour le formuler ainsi, aurait dû prendre une forme toute autre. Et dans ce monde, bipolaire, skyzophrène et bouffée délirante n’aurait dû rien vouloir dire. Ils auraient simplement témoigner des égarements qu’on aurait pu vivre en restant dans notre mentalité matérialiste.
Dans un tel monde, nous aurions su que tout ce qui se passe dans le monde sensible est reflet de ce qui se passe dans le monde spirituel. On aurait décelé que les expériences que je vivais étaient suscités par des entités spirituelles qui cherchaient à s’adresser à l’humanité.
Au fond, des entités cherchent à s’adresser à nous à travers chaque humain, et il importe d’écouter ce qu’elles ont à nous dire. Il importe d’intégrer dans notre conception du monde ce qu’elles souhaitent apporter. Il importe d’organiser notre société en conséquence de ce qui est donné à travers chaque humain.
Mais notre société nie le spirituel. Et on ne voit dans ces manifestations que des pathologies, une divergence par rapport à une norme établie « scientifiquement ».
On sent que ça et là on ressent ce dont on a besoin. On soigne avec des expériences sous champignon hallucinogène ou DMT. Certain comprennent qu’il n’y a pas que ce que perçoivent nos sens, qu’un autre monde, matrice du notre, est à l’arrière plan. Mais on en tire pas les conclusions nécessaires.
Nombre de jeunes dans la vingtaine vivent des états modifiés de conscience, ils sont catégorisés bipolaires, tdah, on leur donne des médicaments. Personne n’écoute ce qui cherche à être dit à l’humanité à travers ces soi disant pathologies. Ou si, quelques uns, mais si peu.
Alors je suis là à avoir besoin d’aller justifier auprès d’une maison départementale pour les personnes handicapés de ce qu’il est juste qu’on me donne cette allocation. Et tout le monde me dit que ma « pathologie » ne se voit pas. Certains se demandent pourquoi je ne m’intègre pas à la société, pensent que je feins.
Et puis il y a ces moments ou je suis saisi. Ou quelque chose cherche à s’exprimer à travers moi, ou j’ai des cascades de révélations spirituelles dont je ne peux me rappeler tellement elles sont éloignées de la manière dont nous pensons le mondes.
Et puis aussi, il y a cette certitude que je me gâche, que je m’attache à certains aspect de ce que je vis que je devrai abandonner, et que je ne développe pas d’autres que je devrai développer. Mais il me faudrait un guide, il faudrait que le monde soit autre.
J’ai eu un peu, avec un anthroposophe, le bonheur d’avoir quelqu’un qui réussissait à essayer de me comprendre d’un point de vue spirituel. Mais il est mort maintenant. Les autres anthroposophes que je connais n’ont pas en eux une anthroposophie vivante et adapté au monde contemporain comme cet ami l’avait. Cette anthroposophie actuelle est sclérosée, peureuse, trop pleine de bonnes intentions à la manière des vierges effarouchés. Comment penserait-elle internet ? La libération sexuelle. Le mouvement LGBT. La transexualité. L’augmentation transhumaniste. Les thérapie par psychédéliques.
Non, je suis seul. Dans un monde hostile on ne peut compter que sur soi-même.
Je suis bien conscient que mes jeux avec les nombres et les lettres ne résoudront rien en eux même. Mais je dois avec mes petits moyens, essayer de sortir des sentiers battus.
Le jeu que me propose la société ne m’a jamais plu. Moi, je veux jouer, je sais que je dois redevenir comme un enfant. Non pas par la puérilité, mais l’instinct de jeu, de découverte, par le regard perpétuellement neuf.
Et puis j’ai peur, je suis terrorisé. Mon esprit ose penser dans des régions que notre monde considère criminel.
Ma douceur et mon émerveillement devant la vie fait que je ne ferai pas de mal à une mouche. Ainsi, je peu parler de tout, même des régions les plus noires, sans crainte, sans mouvements intempestifs de mon corps. Mais la société dans laquelle je vis n’en est pas capable. Pour elle, penser, c’est comme agir. Elle semble ne pas savoir que nous devons tout penser, sans crainte, pour mieux choisir ce que nous ferons par notre volonté.
Le soi disant « mal » doit être pensé, on doit en parler. On doit laisser la honte à l’évocation de certaines idées agir sur nous. Retenir notre mouvement quand on ressent cette honte, retenir la réaction, contempler tout ce que tout ceci évoque en nous.
Il y a tellement à faire pour que le monde ressemble à ce qu’il doit ressembler. Et les entités spirituelles ne cessent de vouloir s’adresser à nous. Et on les bâillonne avec des antipsychotiques, avec des antidépresseurs.
Oui j’en prend. J’en prend car ma vie serait invivable sans eux. J’en prend car la société n’est pas organisée comme il le faudrait pour qu’on ai pas a bâillonner ce qui cherche à s’exprimer. Il n’y a pas les espaces, les personnes formées spirituellement, les centres adaptés pour écouter et faire qu’on ai pas besoin de bâillonner par camisole chimique.
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