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Le Test-Amant de Nathanaël Fayroi



Je suis fou

_Qui est ce jeune homme ? Penses-tu vraiment que s’il n’avait pas été soigné par des psychiatres, si celui qu’il est devenu n’était pas encore soigné par antipsychotiques tu aurais la vie que tu as aujourd’hui ?

_Je n’étais pas capable de penser clairement, c’est vrai, mais j’imagine un monde où on m’aurait mis dans un centre, avec des activités artistiques, un lien à la nature par la culture de la terre, une bibliothèque choisie, j’aurais pu éviter cette vie d’inadapté que j’ai vécu.

_Arrête de te plaindre. Prends ta vie en mains, sois toi-même pour toi cette vie que tu aurais aimé avoir. À 44 ans, tu as assez vécu pour arrêter de demander si tu as raison ou tort à celles et ceux qui t’entourent. Ce dont tu es convaincu, comporte toi en conséquence.

Des dialogues intérieurs comme ceux-là, combien j’en ai, et pourtant que faire d’eux ? Comme je me trouve dur avec moi-même. Et puis aussi il y a que je n’aime pas être seul dans ma vie intérieure. Je sais pourtant qu’on doit tous l’être, que c’est ainsi qu’on devient qui on doit devenir.

_De quoi as tu peur ?

_D’être mal-aimé.

_Crois-tu que Jésus a eu peur d’être mal aimé ?

_Je ne suis pas Jésus.

_Mais tu devrais l’imiter non ?

_Faire ce qui est bien quelque soit ce que le monde aurait envie de me faire payer pour ça. C’est ça ?

_Oui. Sinon comment aurait-on confiance que le monde duquel tu nous parle est réel. Si tu penses que ce que tu porte ne vaut pas que tu y sacrifie ta vie, comment aurait-on confiance en ce que tu porte ?

_Mais ce qu’il y a c’est que je sais que je peux me tromper, je sais que je peux m’illusionner. Je ne suis pas meilleur que les autres, je ne veux pas guider malgré moi celles et ceux qui auraient confiance en moi au désastre.

_Et bien déjà en l’ayant formulé comme tu l’as formulé, c’est un bon garde fou non ?

_Oui et puis aussi il y a la peur d’être moi-même, comment pourrions-nous dire, damné. J’ai peur de mal faire, j’ai peur de manquer à mon devoir.

_Qui pourrait te dire ton devoir ? Tout ce qu’on t’as dit être ton devoir, cela à été pensé par d’autres hommes, et tu sais que les hommes peuvent se tromper. Un Dieu qui ne te dit pas clairement ce que tu « dois » faire ne peut ensuite te reprocher de ne pas l’avoir fait.

_Certains pensent que Dieu s’est ainsi adressé à nous dans les traditions monothéistes. Mais je comprend que ce n’est pas ainsi vraiment que Dieu veut qu’on se comporte. Il veut que nous découvrions ce qui est juste par nous même et que nous choisissions de le faire par nous même.

_Donc tu te prend aussi pour le porte parole de Dieu ?

_Je veux dire c’est logique. Les « révélations » se contredisant, nous sommes, de fait, poussé à découvrir par nous même la vérité. Non ?

_Parce que tu es honnête vis-à-vis de ta conscience. Et aussi parce que tu as vécu dans une culture qui te permet de le penser.

Et voilà que mon blog, se remettait à être ce lieu de dialogue. J’avais l’impression d’être perdu, de ne pas savoir quoi faire.

Redevenir comme un enfant, il fallait que je redevienne comme un enfant. Je le sentais au plus profond de moi. Comment, avec la lucidité qui était la mienne sur moi-même et le monde qui m’entourait, pouvais-je redevenir comme un enfant ?

Je sais qu’il ne s’agit pas de puérilité, mais d’une sorte de confiance comme en ont ceux qui savent qu’on prends soin d’eux. Le Christ veut que je me comporte comme si j’étais encore tel qu’on est quand on a un père et une mère qui prend soin de nous, qu’on est pas encore considéré comme pleinement responsable. Je dois jouer et avoir confiance qu’on me dira quoi faire et quand pour mon bien.

Où résonne la voix de mon père ? Où résonne la voix de ma mère ? Est-ce qu’il n’y a pas de chance que je ne l’entende plus ?

Ma mère savait toujours ou j’étais ou mon père, ou quelqu’un de confiance. On savait m’empêcher de faire ce que je ne devais pas faire et prendre soin de mes besoins vitaux.

_ Eh bien c’est toujours ainsi. Ça ne t’apparait plus, comme dans l’enfance, mais c’est toujours ainsi.

_ Mais pourquoi cette angoisse alors ?

_ Quand on joue avec d’autres, tout ne se passe pas toujours comme on voudrait, les sentiments c’est changeant. Tu étais aussi angoissé quand tu jouais a certains jeux, avec certaines personnes.

_ Alors jouer et ne me soucier de rien, c’est cela que tu me proposes ?

_ Tu te souciait de bien jouer, enfant. C’était sérieux de bien jouer. Alors joue bien, en t’en souciant.

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